CFP: Circulation des idees dans les mondes de l’art (Paris, 20 Feb 20)

Institut National d’Histoire de l’Art (Paris), February 22, 2020
Deadline: Dec 6, 2019

Circulation des idées dans les mondes de l’art

Les années 1960-1970 ont vu se multiplier les références théoriques en art, en lien avec d’importantes transformations sociales et institutionnelles : élévation du niveau de formation des artistes, apparition d’une critique d’art plus universitaire et théoricienne, émergence de la nouvelle figure du curateur comme concepteur d’expositions, politisation du champ artistique, etc. Si cette période très « théoriciste » semble s’être refermée, la place des idées dans l’art contemporain est pourtant loin d’avoir décru. Au contraire, les catalogues et les revues spécialisées, les déclarations d’intention des curateurs ou des artistes foisonnent de références à des intellectuels (Agamben, Butler, Deleuze, Foucault, Haraway, Latour, Rancière, etc.) et à des concepts en vogue – de l’anthropocène à l’object-oriented ontology, en passant par les propositions d’esthétiques accélérationniste, décoloniale ou post-internet, pour citer pêle-mêle quelques exemples récents. Réciproquement, philosophes, scientifiques et essayistes sont régulièrement invités à collaborer à des expositions, des formations, des « workshops », etc.

Le champ de l’art contemporain connaît donc une intense circulation d’idées, dont les provenances comme les finalités sont nombreuses et variées. Ce phénomène peut être regardé avec une certaine condescendance par les universitaires, du fait des confusions et des effets de mode qui tendent à accompagner l’introduction, parfois superficielle ou ostentatoire, de nouvelles idées dans le monde de l’art contemporain. Celles-ci méritent pourtant d’être prises au sérieux et examinées tant pour leur intérêt théorique que dans leurs usages pratiques. Quelles sont leurs origines et comment se diffusent-elles ? Quels rôles jouent-elles dans les activités, les représentations, les stratégies de légitimation des artistes, des professionnels et des institutions du monde de l’art ?

On peut distinguer deux niveaux où observer ces processus de transferts et d’appropriations d’idées dans l’art contemporain. Tout d’abord, entre le champ artistique et d’autres champs spécialisés, notamment scientifique et universitaire : si l’histoire et la philosophie de l’art exercent logiquement une attraction prédominante, d’autres pans de la philosophie, des sciences humaines et même les sciences formelles ou les sciences de la nature peuvent fournir concepts, « labels » et arguments aux acteurs du monde de l’art.

Ensuite, à l’intérieur même du champ artistique, entre ses différents pôles, qui introduisent, diffusent et discutent ces nouvelles idées. Les artistes, les critiques, les curateurs, les enseignants, échangent notions et références théoriques diverses, comme des instruments tout à la fois de travail (de la production d’oeuvres à la conception d’expositions) et de positionnement dans le champ (logiques de concurrence ou de connivence).

Il peut être intéressant d’examiner les circonstances précises dans lesquels ces échanges intellectuels se produisent ainsi que les agents et les institutions qui les favorisent, en particulier les figures d’intermédiaires qui tirent profit d’être positionnés entre plusieurs champs (entre l’université et le musée ou entre deux espaces nationaux). Identifier les acteurs et les modalités de ces circulations permet en retour d’analyser les stratégies auxquelles elles répondent et les bénéfices (notamment en termes de légitimation) qu’elles peuvent apporter à ceux qui en sont à l’origine.

Divers processus de traduction, de vulgarisation, d’adaptation affectent ces idées lorsqu’elles passent d’un monde social à un autre. C’est d’autant plus le cas dans un champ aussi transnational que celui de l’art contemporain, au sein duquel les idées parcourent, pour ainsi dire, de grandes distances. Il peut en résulter des décalages significatifs (linguistiques, culturels, temporels, etc.), sources d’invention ou de confusion. Ces remarques indiquent bien qu’il ne s’agit pas seulement de considérer les facteurs qui stimulent et facilitent ces circulations, mais aussi ceux qui les perturbent ou les freinent.

Ces questions permettent enfin d’engager une réflexion sur la place, à la fois marginale et hautement valorisée, qu’occupe le champ artistique dans l’économie générale du champ intellectuel. L’art contemporain apparaît en effet aujourd’hui comme un lieu propice à la construction de certaines carrières intellectuelles, selon d’autres modalités que celles du champ universitaire ou médiatique. Certaines notoriétés s’y affirment, certaines idées nouvelles y émergent, et peuvent être ensuite exportées vers d’autres champs. Les mondes de l’art sont-ils donc susceptibles, à partir de ces « braconnages » théoriques, de devenir à leur tour des foyers de production et de diffusion d’idées au-delà de leurs frontières ?

Axes :
– Interfaces entre art contemporain et monde scientifique / universitaire / intellectuel.
– Les pôles de circulation des idées à l’intérieur du champ artistique : acteurs et institutions.
– Les circulations d’idées entre disciplines artistiques (arts plastiques, littérature, cinéma, etc.)
– Autres provenances des idées en art : mondes politiques, médiatiques…
– Les transferts intellectuels entre différents espaces nationaux et les effets de traduction.
– L’appropriation des références théoriques : vulgarisation, reformulations, confusions…
– Freins et oppositions à la circulation des idées ; l’anti-intellectualisme en art.
– L’intérêt (professionnel, institutionnel, financier) d’une légitimité intellectuelle dans le champ de l’art contemporain ; le rôle des idées dans la promotion et l’auto-promotion des artistes.
– Réciproquement, l’intérêt des citations et des collaborations artistiques pour les intellectuels.
– Quand l’art contemporain produit et diffuse à son tour des idées vers d’autres champs.

Les propositions devront nous parvenir avant le 6 décembre 2019, sous la forme d’une problématique résumée (5000 signes maximum, espaces compris), adressée par courriel à Nicolas Heimendinger (nicolas.heimendinger [at] yahoo.fr).
Les textes sélectionnés (en double aveugle) feront l’objet d’une journée d’étude le samedi 22 février 2020 à l’Institut National d’Histoire de l’Art (Paris). Les communications ne devront pas excéder 30 minutes lors de la journée d’étude. Le texte des propositions retenues devra nous parvenir avant le 27 mars 2020 (30.000 à 40.000 signes, espaces et notes compris). Certaines de ces contributions seront retenues pour la publication du numéro 32 de Marges en février 2021.

La revue d’art contemporain Marges (Presses Universitaires de Vincennes) fait prioritairement appel aux chercheurs des disciplines suivantes : esthétique, arts plastiques, histoire de l’art, sociologie, études théâtrales ou cinématographiques, musicologie…

Sites web :
https://journals.openedition.org/marges/
https://www.puv-editions.fr/revues/marges-revue-d-art-contemporain-34-1.html